dimanche 31 mai 2015

Attendre l'Olivette

L'Olivette est une cuvée du Clos Marie que j'ai rencontrée à plusieurs reprises dans sa jeunesse mais il m'a manqué à chaque fois un brin d'émotion pour en parler ici. Alors hier, quand j'ai trouvé au fond de ma cave une Olivette 2006, j'ai décidé de lui faire sa fête, pour voir un peu ce que le temps avait pu lui apporter !!!
Bien m'en a pris car la bouteille est certainement à son apogée avec un nez sur la figue fraîche, la fraise et une belle cerise à l'eau de vie. En bouche il y a une grande fluidité, comme une rivière qui laisse filer le courant, avec une touche de coulis de fraise que l'on croit vite partie mais qui revient en beauté. La rétro sur l'amande avec encore .... une touche de fraise suggère un final tout en touché.
La légère sécheresse en fin de bouche n'est pas gênante.
Le vin est vivant et c'est une gomme blanche qui domine au nez et en bouche pour une rencontre avec un bélouga qui m'emporte avec lui dans une danse sous l'eau, comme pour l'ouverture d'un bal aquatique.
Attendre l'Olivette, c'est certainement ce qu'il faut retenir de cette bouteille un peu déroutante mais tellement pleine de contraste que le plaisir qui est là en est décuplé.



dimanche 3 mai 2015

"Être dans la terre", avec sa vigne.

Le sentiment que l'homme peut "être dans la terre", avec sa vigne, c'est ce qui se dégage de la visite que j'ai faite à Lenthéric chez Didier Barral.
Lorsque j'ai rencontré pour la première fois ce paysan vigneron sur un salon, c'est avec la beauté des photos de ses vaches dans les vignes qu'il m'a marqué, sa façon de parler des sols et ses vins venaient après.
Après quelques années "à tourner autour" des vins faits par des vignerons soucieux des sols et qui essayent de continuer leur démarche à la cave, le temps était venu d'aller voir "un guide" pour pas mal de vigneron qui ont cette démarche en la personne de Didier Barral.
L'homme est tout de suite plus accessible qu'en public et nous parle sans détour du monde des vignerons qui ne lui convient pas forcément lui le paysan qui préfère ses vignes au salon.
La matière organique est au centre de son discours et la visite de tout le domaine va nous plonger dans cet univers pendant 4 heures.
Je dis tout le domaine car Didier nous a fait une visite complète en passant par :
- le hangar avec les différents outils.

- l'atelier où son frère s’affaire à inventer, modifier et réparer ses indispensables outils.
- une vigne où les vaches sont entrain de brouter tranquillement.
- une autre vigne où les cochons noirs étaient encore il y a quelques heures et qu'il ont littéralement nettoyés et labourés ...
-  la cuverie et son vieux pressoir vertical.
- le chai ou l'on a passé en revue pratiquement une dizaine de fût, hic !!!

Didier est quelqu'un qui regarde et "écoute" la nature pour comprendre les choses et apporter des solutions simples avec juste du bon sens, pour que la culture de la vigne se fasse sans intrants phytosanitaires. L'enherbement des vignes, les vaches qui y pâturent d'octobre à mars et toute la faune et la flore qui sont présentes sur le domaine sont essentielles.
IL a planté 6 000 arbres et sur le principe ancien des haies qui entourent une parcelle, la biodiversité permet un certain équilibre. La chauve souris par exemple est un compagnon fort utile au vigneron car elle mange des insectes, notamment les papillons crépusculaires des verres de grappe. Seulement si il n'y avait pas de haies, cet animal qui reste sur "une zone de chasse" grâce à un système d’orientation basé sur la perception de signaux qu'il émet ne ferait que survolé les vignes et ne s'y arrêterait jamais.
La mule, les cinquante vaches et la trentaine de cochons demandent pas mal de temps mais les naissances apportent aussi de la joie sur le domaine qui compte 35 hectares de vignes et 11 employés.
Les vendanges se font en caissettes et toutes les vignes sont taillées en gobelet en essayant de rester le plus bas possible pour limiter le trajet de sève.
Et puis au final tout ce travail donne des raisins et du vin après pas mal de patience et quelques années de stockage au domaine.
Nous avons terminé la visite en passant de cuve en cuve avec un blanc surprenant qui est vinifié comme un rouge, puis de fût en fût avec des touchés de bouche et des aromes déjà envoûtants parfois.
Des rires et .... un vieux conté que Didier avait caché entre deux fûts ont ponctué un bon moment de partage dont je me souviendrai longtemps ...

Du coup hier je n'ai pas pu résister à un Faugères 2010 du Domaine Léon Barral.
Le nez donne tout de suite une impression de beaucoup de volume, de plénitude. Les aromes de cerise, la terre, un coté fleuri et des fruits noirs (cassis et mure) accompagnent une belle fraîcheur.
En bouche les tannins ont encore besoin d'un peu de temps mais une belle acidité m'emmène avec beaucoup de plaisir sur le silex en fin de bouche. Les épices sont là aussi. J'ai l'impression que ce vin peut à tout moment se transformer en encre pour vous transporter jusqu'à la fin des temps à travers des lettres indélébiles qui se succèdent. C'est vivant et par moment la terre prend tellement de place au nez que j'ai devant moi une table couverte d'une couche de terre qui sert de nappe. Les verres sont des pieds de vignes sur lesquels les grappes m'invitent à croquer un fruit enivrant !!!
Aujourd'hui le vin a beaucoup de limpidité que ce soit au nez ou en bouche.
Les fleurs de la garrigue m'envahissent aussi.

Les domaines avec une démarche vers le terre et la bio-diversité aussi aboutit sont rares. C'est certainement pour cela que les vins sans concession du Domaine Léon Barral me font souvent décoller.