vendredi 5 avril 2019

Craig Hawkins, "El bandito"

Vous ne connaissez pas Craig Hawkins?
C'est un bandit qui "dealait" quelques bouteilles de vin faites dans le coin d'un chai avant 2010. Depuis quelques années il a un peu élargi sa gamme mais c'est toujours aussi difficile de trouver un de ses flacons. Il y a bien 3 ou 4 cavistes qui arrivent à lui en "voler" quelques uns juste après la mise mais ils sont vite "dévalisés" ... 
Si on devient très vite accro à ses vins ça doit être parce qu'il n'y met qu'une seule chose .... des raisins. 
Si je ne retrouve pas une de ces quilles dans les jours qui viennent, je ne vois qu'une solution: braquer directement dans son repaire ce vigneron "bandito" aux cuvées "skin contact", 
je n'ai pas le choix !!!

L'aventure Testalonga a commencé en 2008 lorsque Craig était sur le vignoble de Lammershoek avec Jurgen Glouws. A l'époque il vinifiait quelques raisins en parallèle de son travail pour ce domaine.
En 2015 Carla et Craig ont commencé à "construire" leur propre domaine en devenant propriétaire d'une ferme au nord de Piketberg dans le Swartland. Ils plantent des vignes depuis 2018 dans cet environnement préservé et ont actuellement un peu plus de
10 hectares en fermage pour élaborer leurs différentes cuvées.
"Monkey gone to heaven" est donc un 100% mourvèdre du domaine TESTALONGA
"El bandito" issu d'une vigne plantée en 2001 sur des sols granitiques du Paardeberg à
200 mètres d'altitude. Les rendements avoisinent les 20 hl/ht.
La couleur interpelle tout de suite car ce vin rouge est très clair. Le nez est fin, très fin, sur des huiles essentielles mentholées, des agrumes et la cannelle.
En bouche, grace à une attaque tout en douceur, c'est comme l'agréable caresse d'un vent chaud sous les tropiques. Le touché fin et velouté apporte beaucoup de délicatesse pour un équilibre tellement evident que le plaisir est là en continu. Après un bon moment, une belle rétro sur une acidité légèrement vanillée rend le vin addictif...
Le bois de rose sera aussi présent avec l'aération pour une bouteille qui va descendre avec une rapidité impressionnante.
Ce mourvèdre, atypique et déjà prêt à boire malgré son millésime 2018, est une très belle découverte qui me confirme, après les autres cuvées que j'ai pu déguster de chez Testalonga, que Craig est un vigneron à suivre de très près.
Cette cuvée me conforte dans le fait que le Swartland (que l'on peut traduire littéralement par land: terre, swart: noire) et ses vignerons engagés dans une viticulture proche des sols est vraiment une région à découvrir et une vraie terre de vin en Afrique.




lundi 11 mars 2019

Au milieu de nul part...Fernskloof

Il y a des moments, on ne sait pas pourquoi, un vin vous tombe dessus et vous marque tellement que vous en parlez à tous ceux qui veulent bien vous écouter.
Ce vin vous pouvez l'avoir découvert chez un ami qui voulait vous faire connaître sa dernière trouvaille, au restaurant avec un sommelier un peu pointu qui fait tout pour sortir des sentiers battus ou bien chez un copain caviste qui a toujours un petit temps d'avance parce que c'est son métier et qu'il est passionné.

Le domaine Ferskloof je l'ai découvert ... par pur hasard, dans un village d'Afrique du Sud qui répond au doux nom de Prince Albert. Une pause déjeuner au pied des montagnes du Swartberg qui s'imposait après avoir roulé une heure dans la zone semi-désertique du Little Karoo.
Au Lazy Lizard, un petit resto bien sympa qui était sur le guide du routard, ce sont les produits de la région qui sont mis en avant et fort bien d'ailleurs puisque nous nous sommes régalés. Sur le coup, on devait juste grignoter un petit truc mais lorsque j'ai vu cette bouteille estampillée Organic Wine, je me suis dit qu'on allait goûter un verre et que l'on repartirait avec un doggy bag. A 86 rounds (à peine 6€), je ne m'attendais pas à un miracle mais c'était pour voir à quoi pouvait bien ressembler un vin du coin... et bien si, je venais de traverser un désert et ce pinotage était un vrai miracle. Un vin gourmand qui démarre sur le cépage pour ensuite basculer sur une vraie identité de vin d'auteur avec la texture d'une guimauve pour une bouche qui se prolonge sur une finale toute en douceur ... incroyable !!!
Malgré les 15.5 degrés et la chaleur, la bouteille est descendue toute seule et j'ai vite couru chez le petit caviste qui était un peu plus loin dans la rue pour acheter quelques bouteilles des différentes cuvées de ce domaine.
Un soir, quelques jours plus tard, j'ai ouvert le shiraz sur un pavé d'autruche grillé au barbecue.
C'est tout de suite la précision qui domine ce vin. Que ce soit au nez ou en bouche, les choses sont immédiatement en place et en même temps, avec l'aération, le vin va vivre et devenir intrigant, se dévoiler avec retenu et laisser transparaître des choses insoupçonnées.
Le cépage domine au départ avec des fruits rouges et un grain de poivre qui sont bien présents au nez. Puis le vin va basculer vers ''ses origines'' avec l'amande, la garrigue et une cerise qui emporte tout sur son passage. Un coté métallique et des violettes passent par moment et une belle orange sanguine viendra mettre son grain de sel après une demi-heure.
La bouche a une attaque franche et bien fondue avec un coté étroit qui donne l'impression de ça va être court ... mais ça reste bien là et le vin prend du volume en "s’élargissant". Les tannins sont fondus et un fil très fin d'acidité guide le tout vers une petite rétro légèrement mentholée. Les 14° sont complètement oubliés tellement ils sont bien intégrés.
Après 1 heure, le nez est plein de fraîcheur et la bouche est grande, large et persistante pour une impression de bonheur simple, avec un joli grain de raisin qui reste sur le palais.
Le vigneron a pris le pouvoir sur ce très beau vin addictif qui pour environ 7€, a un rapport qualité prix imbattable !!!
Ce shiraz 2016 est ma plus belle découverte d'Afrique du Sud et je n'ai qu'un regret c'est de ne pas avoir eu le temps de rencontrer Diederik Le Grange, ce vigneron qui descend directement des Huguenots et dont le domaine Fernskloof se trouve à une dizaine de kilomètres de Prince Albert, dans la vallée du même nom, au milieu de nul part... Ça sera peut être le prétexte d'un nouveau décollage vers ce joli pays à l’extrême pointe méridionale de l'Afrique Australe, on se sait jamais...





dimanche 17 février 2019

Introduction aux vins d'Afrique du Sud

Je suis de retour de mon deuxième voyage en Afrique du Sud (AFS) avec cette fois ci le sud de cet immense pays comme destination et donc un passage obligatoire pour moi par les vignes et les fameux tasting made in AFS.
Tout d'abord j'ai été surpris par le niveau général des vins avec même en-dessous de 6 euros des vins qui commencent à être intéressants, voire même plus.
Il ne faut pas croire que tous les vins d'AFS se trouvent sur la fameuse route des vins, dans le triangle Paarl, Franschhoek, Stellenbosch. Par contre, cette région a quand même quelques pépites comme le domaine Avondale qui est en biodynamie et qui fait des vins très élégants.
Si jamais vous passez pas loin, c'est intéressant de s'y arrêter pour voir le travail qui peut être fait dans les vignes et faire une dégustation des différents vins mais il faut aussi y manger car le restaurant du domaine mérite sans problème une étoile au Michelin. Je reviendrai sur ce domaine plus précisément dans un autre article à venir.
J'ai bu d'excellentes choses ailleurs et une nouvelle route des vins plus confidentielle est aussi en train de se dessiner dans le Swartland. En plus, un regroupement de vignerons de cette région s'est imposé un cahier des charges qui tire tout le monde vers une viticulture proche de la nature et du terroir avec une démarche œnologique la plus naturelle possible, c'est à dire sans levurage, collage, osmose inverse et j'en passe... Les élevages doivent aussi rester en-dessous de 25% de fûts neufs.
Les vins de Testalonga (Craig Hawkins) , Intellego (Jurgen Gouws), David et Nadia (David et Nadia Sadie), Elemental Bob et Avant garde (Michael Roets) sont vraiment d'un très bon niveau et régaleront les amateurs de vins nature ou bio.
Et puis il y a aussi des exceptions pour confirmer la règle avec un vigneron que j'ai découvert dans la zone semi-désertique du Little Karoo, sur la belle route 62, tout près de la ville Prince Albert. Fernskloof et les vins de Diederik Le Grange, ce sont des cuvées sans concession avec une vraie identité. Le Pinotage qui avoisine les 15.5° ne laisse jamais rien transparaître à la dégustation...sauf à la fin de la bouteille lorsque vous l'avez vidée à deux et que vous commencez à vous dire que si vous voulez pouvoir tenir debout, il va falloir vous arrêter là !!! Je vous parlerai aussi d'un 100% syrah de ce vigneron dans les jours qui viennent.
Ah, j'ai également rencontré Raphaël, le patron d'OPENWINE, un bar à un vin de Cap Town. C'est un italien qui grâce à sa mère française parle parfaitement notre langue. Il commence à s’intéresser aux vins un peu plus près de la nature et vous pourrez donc trouver quelques bouteilles de vignerons dont je viens de vous parler si vous passez par là.
J'ai d'ailleurs dégusté chez lui The pink moustache de Jurgen Gouws qui est sur la fraîcheur d'un raisin rouge juste pressé entre deux pierres. C'est un vin qui ressemble à une ''grenadine'' ponctuée d'une petite pointe de sel juste comme il faut. Du coup je me suis retrouvé au milieu d'un petit lac de montagne rempli de ce breuvage à la chatoyante couleur rose pourpre. Si j'osais je vous dirais que j'ai réussi à résister à cette ''sirène'' de raisin pressé. Si, si, je vous jure que je n'en ai pas bu une goutte, je me suis contenté d'y faire une petite baignade... enfin j'ai un peu bu la tasse par moment mais c'est parce que je n'avais plus pied alors ça compte pas hein ... 
Je pense que si un jour vous croisez ce rosé, ça ne vous dérangera pas non plus de boire la tasse...

Voila mon petit tour d'horizon du monde du vin dans ce pays où la viticulture est difficilement comparable avec ce qui se fait dans le nôtre, tellement l’environnement sociale post-apartheid a encore besoin de temps. Les mentalités évoluent dans ce pays plein de contraste mais la route à parcourir est encore longue pour que tout le monde puisse vivre convenablement au sein de cette nation arc-en ciel.


dimanche 10 février 2019

Trois mots pour un vin: "Je t'aime mais j'ai soif"

Un copain: Dis moi Christian, tu n'aurais pas une idée de vin pour la Saint-Valentin
Moi: Si bien sûr.
Le copain: Ah, je savais que je pouvais compter sur toi. Alors, qu'est ce que c'est comme cuvée.
Moi: "Je t'aime mais j'ai soif "
Le copain: Allez arrête, me lâche pas, c'est vraiment important, j'y connais pas grand chose moi en vin et Natacha, elle a toute sa famille qui travaille dedans. Aide moi s'il te plaît
Moi: Mais je t'aide, "je t'aime mais j'ai soif", c'est le nom de la cuvée.
Le copain: C'est culotté comme nom mais tu crois que c'est vraiment bien pour la saint-Valentin.
Moi: Bah, il n'y a pas mieux, tu vas dire cette tirade à qui mise à part à l'amour de ta vie...

"Je t'aime mais j'ai soif" c'est donc le nom d'une cuvée de Vincent Caillé avec principalement du melon de Bourgogne mais aussi du colombard, du grenache blanc, de la roussane, de la marsanne et du maccabeu.
Ce vin est une vraie bombe (quand je vous dis que c'est pour la Saint-Valentin) de simplicité qui descend tout seul s'il est servi frais. Lorsqu'il monte un poil en température (à boire pas trop frais donc), le tout ''s'envole'' vers des arômes de citron caviar, de melon et de fruit à la chair blanche. En bouche, c'est comme si on buvait un rouge car on a beaucoup de rondeur et de générosité. Le vin vous enlace avec une acidité enrobante qui dure en vous caressant les papilles. Et puis ... on en reprend parce que ça coule comme de l'eau. Il y a une belle fraîcheur réglissée en rétro par moment.
Un vin blanc  suave pour la Saint-Valentin donc (mais si, elle a de l'humour, vous verrez !!!) car une bouteille aussi gourmande de seulement 75cl, ce n'est vraiment pas pour plus de deux personnes...



mercredi 2 janvier 2019

C'est comme de l'eau...


Il y a quelques semaines, j'ai fait un passage express en métropole et malgré un timing assez serré j'ai réussi à aller faire un petit tour du côté de chez Frédéric Palacios. Il restait des grappillons dans les vignes et ils avaient chacun leur profil. Les merlot étaient ronds et sucrés, le cabernet sauvignon avait une belle ligne d'acidité et les raisins blancs dorés de chasan étaient gorgés de soleil.
J'ai beau connaître Fred depuis plus de 10 ans je suis toujours curieux de savoir quelles sont ses dernières "trouvailles" en cuverie. Qu'est ce qu'il a changé cette année au niveau des vinifications, vers quoi il veut faire tendre ce millésime ou le profil qu'il recherche pour ses futures cuvées. C'est une perpétuelle recherche de SA perfection qui fait que ses vins peuvent toujours partir dans une dimension nouvelle ou avoir une autre face à découvrir. Et encore une fois je n'ai pas été déçu...
Il vinifie quasiment toutes ses cuves depuis deux ans avec des grappes entières et grâce à une méthode éprouvée qu'il a développée au fur et à mesure de ses vinifications, la fermentation se fait ...... à l'intérieur du raisin entier. Ensuite le pressurage fait le reste.
Bon c'est un peu technique et ça ne vous intéresse pas forcement mais l'idée est d'avancer encore plus dans sa démarche de vigneron résolument encrée dans la biodynamie et d'avoir des vins qui, lorsqu'on les boit, donnent une sensation de fluidité, quelque chose qui fait que l'on ait envie de se resservir et que l'on se dise: C'est comme de l'eau...
A ce moment de mon billet il y en a qui vont peut être se dire que c'est une drôle d'idée de faire du vin pour avoir l'impression de boire de l'eau. C'est pas faux mais en même temps, à une époque, il y en a bien qui ont transformé de l'eau en vin, alors ...
Les cuves sont toujours aussi intéressantes à déguster au Mas de mon Père et comme souvent celle où les raisins de malbec étaient en élevage dégageait beaucoup de finesse et de classe une fois que la petite réduction de départ s'était envolée: ça promet un très beau millésime 2018.
On a terminé et pris beaucoup de plaisir sur deux bouteilles du millésime 2016:
Un "Cause toujours" sans soufre qui s'ouvre bien depuis 3 ou 4 mois après une période qui demandait un peu de patience ou un long carafage. Certainement un futur grand vin si on lui laisse un peu de temps...
Et un ''M comme je suis'' à la fine bouche ronde et presque suave avec une belle longueur sur des amers d'une très grande finesse qui ont marqués ma mémoire au point que j'arrive presque à les "retrouver" en écrivant ces lignes.
Bon il est temps de finir en espérant que vous aussi vous irez voir votre vigneron fétiche dans les vignes ou au milieu de ses cuves et qu'il vous fera partager un bon moment de vie paysanne. Avec un verre à la main, ça coule de source...







jeudi 25 octobre 2018

Une gorgée de bonheur

Je suis passé sur le salon des cavistes indépendants de La Réunion qui avait lieu sur Saint-Leu en ce début de mois, histoire de voir si je pouvais dénicher quelques pépites à encaver. Une douzaine de cavistes étaient présents avec chacun entre 5 et 10 cuvées. Il y avait donc de quoi faire.
J'ai goûté quasiment tous les blancs et ensuite je suis retourné voir les cavistes dont les vins m'avaient fait la meilleure impression car j'avais un timing un peu serré. Les champagnes Jeeper étaient présents aussi et j'ai beaucoup aimé leur cuvée bio non dosée qui a beaucoup de buvabilité, des bulles fines et surtout une grosse persistance en bouche. Une belle bouteille de bulles...
Chez Franck, le copain caviste des Caves du Soleil, j'ai bien aimé le blanc de Vincent Caillé et la syrah (La descente) de La ligue, la partie négoce du domaine Le sot de l'ange, qui descend effectivement toute seule et finit sur une rétro fenouillée sans prise de tête...
Renaud Rivière, un caviste du net (Les Vins Ambre), a des vins très intéressants. Le Cairanne blanc du Domaine Berthet-Rayne donne beaucoup de plaisir. Quant à la cuvée Jean du Mas de figuier, c'est tout le Pic Saint-loup qui peut être fier d'avoir des cuvées aussi belles pour le représenter.
Aux Caudalies, j'ai rencontré un jeune sommelier qui a fait ses classes avec Thomas, l'excellent chef sommelier du Parc, un gastro étoilé de l'Aude. Du coup on a parlé des vins de Changer l'Aude en vin et comme il avait deux belles cuvées de Benjamin Taillandier je suis reparti avec un carton. Laguzelle est sur le fruit et VitiVini Bibi allie superbement plaisir et complexité en gardant une belle fraîcheur.
Pour finir je me suis plus qu'attardé chez Vinature 974 de Pascal Arcizet et j'ai pris quelques claques avec des vins d'une grande pureté. Pas de vin à vendre sur son stand mais que ses bouteilles personnelles qu'il voulait partager à l'occasion de ce salon :
Merci Monsieur !!!
Les deux rouges m'ont fortement marqués avec pour commencer la cuvée Désiré, un pinot noir Cheverny du domaine du moulin d'Hervé Villemade. Il y a beaucoup d'harmonie sur ce vin dense mais très très fin et racé avec absolument rien qui ne dépasse mais plein de choses fondues, rondes et  enveloppantes : un vrai bonheur en bouteille quoi !!!
Et que dire de Mozaïque 2012 de l'Auvergnat Pierre Beauger. Son nez envoûtant et magique rend le vin complètement baroque et totalement inclassable. Le bois de rose qui domine vous procure l'impression d'avoir dans votre verre un trésor ...
La bouche est basée sur une acidité peu conventionnelle et les tannins sont encore présents mais quelle claque!

Ces quelques gorgées de bonheur que m'ont procurés les vins de cette première édition du salon des cavistes indépendants de La Réunion m'ont données l'envie d'aller voir chez eux quelques vignerons que je ne connaissais même pas de nom.
Arpenter de nouveau les vignes pour comprendre tout le travail qui fait que des raisins s'épanouissent pleinement et donnent de beaux jus ennivrants : un bonheur que je vais retrouver prochainement ...

dimanche 16 septembre 2018

Un complexe Abouriou

Abouriou 2015 c'est un côte du Marmandais avec 90% d'abouriou et 10% de merlot.
Depuis 2013, l'élevage est passé de 12 à 15 mois en foudre et fûts de plusieurs vins. L'abouriou est un cépage précoce qui tire son nom de l'occitan (aboriu). Il est peu connu et très rarement vinifié seul.
Je me souviens très bien de la première fois que j'ai croisé ce vin d'Elian DA ROS. C'était il y a 10 ans lors d'une dégustation avec quelques vignerons et c'est Jean-baptiste SENAT qui avait apporté cette bouteille qui à l'époque était plus un vin que l'on pouvait classer dans les cuvées qui descendent toutes seules.
Le 2015 que j'ai bu il y a quelques jours n'a absolument rien à voir avec ça et c'est là que l'on peut toucher du doigt tout le travail réalisé par le vigneron car maintenant c'est un vin charpenté qui garde de la fraîcheur avec un velouté qui lui donne beaucoup de personnalité et de gourmandise.
1er jour du vin non carafé car j'ai, dès le départ, l'intention de voir son évolution sur plusieurs jours
le nez est sur un beau chocolat et une fleur de pissenlit identique à celle que je ramasse dans la campagne pour en faire une gelée.
La bouche est très intense avec de la matière, une belle et fine ligne d'acidité et une persistance qui vous traîne jusqu’à une rétro aérienne sur un bout de zan mentholé. C'est Grand et en plus d'une gourmandise......tiens je me ressers car j'en n'ai déjà plus.
Un coté patiné, presque soyeux arrive après une demi-heure, il reste discret, juste derrière la force du vin.........comme la délicatesse d'une femme géante qui marche sur l'océan avec grâce alors qu'elle porte une armure de fer. Parfois dans l'hémisphère sud, les derniers rayons du soleil, lorsqu'il se couche, viennent légèrement soulever sa robe. C'est à ce moment là qu'elle a son plus beau sourire ...


Une belle prune à l'eau de vie prend le relais sur la rétro, ça devient indécent ........tiens je me ressers car non seulement j'en n'ai plus mais en plus j'en veux encore.
Un vin très vivant avec, après une heure, des fleurs qui arrivent en plein milieu d'une poignée d'herbes humides pour un nez plein de fraîcheur.
3ème jour du vin que j'ai juste rebouché et mis à la cave car il restait la moitié de la bouteille.
L'orange sanguine et le muguet s'imposent sur le nez.
La bouche devient plus fondue et garde tout ce qu'il y avait à l'ouverture.
4ème jour du vin que j'ai juste rebouché et mis à la cave car il restait presque deux verres.
Le vin est totalement fondu et c'est quasiment de la soie en bouche. Ce qui est beau c'est qu'il n'a rien perdu de sa force, sa gourmandise, son volume ou sa longueur. J'ai même encore une rétro par moment.
Il y a quelques voisins d'appellations ''prestigieuses'', sur les terres Bordelaises pour ne pas les citer, qui devraient tremper leurs lèvres dans un verre rempli de cette cuvée ............. ou pas car ils pourraient bien faire un complexe vis à vis de ce complexe Abouriou.
Ce n'est pas souvent que l'on croise de telles bouteilles et ce vin fait réfléchir sur ce que certains appellent les grands cépages ou les grands terroirs.
Moi je pense que les grands vins sont simplement des vins de vignerons qui savent faire "grandir" des cépages adaptés au terroir qu'ils ont à leur disposition tout en les transcendant.
Elian DA ROS fait partie de ces vignerons.