mercredi 3 février 2016

Impressions de salon

Comme tous les ans, je suis passé sur le salon du vin de mes amis à Verchant et j'ai passé une très bonne journée. Tout d'abord parce que j'ai rencontré des vignerons et que c'est toujours plaisant et instructif, même si sur un salon ils peuvent être un peu moins accessibles que lorsqu'ils sont dans leurs vignes. Ensuite parce que j'y ai retrouvé un ami, que je n'avais pas vu depuis longtemps et qu'il vient d'ouvrir .... un bar à vin !!!!!
Commençons par le salon et les vins qui m'ont le plus marqué.
Melonix 2014 de Jo Landron, un blanc issu du cépage melon de Bourgogne qui respire la minéralité et m'envoie une belle poudre crayeuse sur la langue. Pour le reste c'est l'interminable longueur qui me fait revenir encore et encore à ce vin ponctué par une note saline. un très beau vin.
Les Arminières 2013 du Domaine de la Garance portent haut les couleurs du carignan. La clarté du jus, d'une élégance et d'une finesse rare sur ce cépage, interpelle tout de suite l'amateur de vin sudiste qui sommeille en moi. Un vin qui transpire le terroir avec deux mots qui résonnent en moi : graphite et minéral.
Pierre Quinonero fait aussi un blanc très atypique à base de vieux pieds d'ugnis blancs, un vin qui ne ressemble à rien de ce que j'ai déjà bu. Ses vignes bénéficient de sols très particuliers comme les villafranchiens qui sont les héritiers d'anciens volcans. Il faudra que je lui rende visite à l'occasion.
"Les bulles" d'Etienne Fort m'ont encore ravies et je me suis laissé surprendre par sa dernière cuvée, un rosé pétillant issu de pinot noir. C'est fin, toujours non dosé, avec beaucoup de fraîcheur en bouche et ça descend comme rien d'autre. La mise aura lieu en Mars alors je crois que je vais retourner compléter ma cave du coté de Roquetaillade au printemps prochain.
J'aurai pu aussi vous parler du "Zinzin" de Mathieu Dumarcher, du "Quitte ou double" de Frédéric Palacios, de "La dentelle" de Guilhem Barré, du blanc de Didier Barral, d' "arbalète and coquelicots" de Jean-Baptiste Senat, des carignans que Dominik Huber bichonne dans Le Priorat, du blanc d'Edouard Fortin, "les petits cailloux" et de bien d'autres tellement le niveau de ce salon était élevé.

Sinon, je vous dis quelques mots du bar à vin que Manuel vient d'ouvrir il y a quelques jours sur Toulouse. Bàcaro, c'est avant tout des vins d'artisans mis à l'honneur et un peu plus d'une vingtaine de couverts pour pouvoir profiter pleinement des accords mets vins à partir d'une cuisine de saison. Voilà, je vous en parlerai un peu plus qu'en j'y serai passé mais en attendant, j'espère que ce beau projet sera une réussite, alors merde à toi Manuel !!!






dimanche 27 décembre 2015

Porto ou Porto?

Cela fait quelques années que j'avais envie d'aller découvrir un petit bout du Portugal, et bien c'est fait et je ne suis pas déçu car les gens sont d'une gentillesse incroyable et la barrière d'une langue dont je ne connais que le mot Porto n'y a rien fait. C'est donc en me demandant si j'allais préférer le vin d'une bouteille de Porto ou la ville du même nom que j'ai pris l'avion pour Porto afin d'y passer quelques jours.



Nous avons séjourné dans une maison d’hôtes, Canto de Luz, oû tout était parfait. La bâtisse, rénovée par un couple de Marseillais qui vit là-bas depuis 3 ans, est pleine de charme et les petits déjeuners juste incroyables tellement Brigitte et André y mettent tout leur cœur.
Leurs conseils avisés nous ont aussi permis de visiter Porto en sortant un peu des circuits parfois trop touristiques. La ville est pleine de contraste avec une boutique très moderne qui peut être à quelques mètres d'un "bazar" ou l'on peut trouver tout ... et n'importe quoi ....... en faisant un bon de 50 ans en arrière. L'ambiance des rues, le coté vieilli de certaines bâtisses et l'océan juste à coté rappellent par moment La Havane.
Le centre portugais de la photographie est un endroit insolite et surprenant puisque les expos se font dans une ancienne prison ...
Juste à deux pas de là, un autre endroit interpelle, Brick Clérigos, un restaurant/bar à tapas. C'est l'atmosphère qui y règne qui fait que si vous commencez à y mettre ne serait-ce qu'un orteil vous voulez y rester. Une fois installés, les produits servis sont de qualité et bien travaillés et vous commencez à discuter avec un voisin de table, vous prenez des photos et vous y passez 2 heures de bonheur dans une ambiance de partage et de convivialité.
Une ballade à vélo sur les bords du Douro nous a aussi permis de sentir encore mieux la ville et ses habitants, d'aller flâner jusqu'à l'océan et de traverser le fleuve en bateau pour voir un peu Vila Nova de Gaia et ses grandes maisons de Porto qui distillent leur breuvage aux touristes. Ce n'est pas là que j'ai trouvé quelques flacons à mettre dans mes valises.
Le soir venu, une autre adresse est vraiment à découvrir. Nabos da pucara est une épicerie qui fait restaurant. Les produits sont vraiment sélectionnés avec beucoup d'attention et le chef Hugo Rocha travaille le tout avec beaucoup de finesse. En plus il parle Français puisqu'il a exercé en Suisse. A ne pas louper donc.
Et le vin de Porto me direz-vous.
Et bien pour le vin, je suis allé ... au milieu des vignes, à Pinhao, un petit village qui vit encore au siècle dernier.
Tout d'abord je me suis arrêté sur la cuvée Ruby d'un domaine presque confidentiel mais qui me parait être digne d'intérêt. Quinta Do Infantado est un peu sur les hauteurs de Pinhao et même si le vigneron ne l'affiche pas, les vignes sont conduites en bio voire en biodynamie.
C'est une explosion de fruits frais qu'offre cette cuvée. Une superbe cerise, des fruits noirs et une note chocolatée relevée par une petite pincée de menthe.
La bouche est vineuse et ronde avec un équilibre qui rend le vin incroyablement gourmand. Un vrai bonbon à boire  sans modération quand on sait que le prix au domaine ne dépasse pas les 9€.
Et puis j'ai aussi découvert le domaine Muxagat Vinhos au travers d'un TINTO 2011 qui m'a beaucoup plu. Son nez est plein de fraîcheur grâce à une feuille de menthe qui enveloppe le chocolat, la cannelle, la figue et une belle orange confite. En bouche le volume et la matière sont équilibrés par une fraîcheur insolente pour les 15° affichés. Les tannins sont bien intégrés et la longueur prolonge le vin sur un bon moment ponctué par une agréable rétro sur l'orange confite. Un beau noyau de cerise dominera le nez après une aération prolongée. Une image de ce que peut être un beau vin rouge du Douro.
Voilà, après une semaine passée au Portugal je peux donc répondre à la question de Porto ou Porto par ......
VIVE le Portugal !!!


vendredi 6 novembre 2015

Les caresses d'un blanc qui calme l'esprit ...

Il y a quelques temps je suis passé voir France Crispeel dans son petit village des Pyrénées Orientales de Cassagnes. Il était 10h30 et elle venait de passer 4 heures dans ses vignes à biner les mauvaises herbes qui envahissent l'interceps. Son approche de vigneronne près de sa terre et les différents échanges qui ont jalonnés ma visite me laisse à penser qu'elle est passionnée par ce qu'elle fait. Sa réflexion la pousse vers différents essais et lorsqu'elle apporte des amendements à base de fumier à ces sols et que ceux-ci l’intègre mal elle part sur une autre voie et privilégie plutôt la polyculture. Elle observe beaucoup la nature et sa démarche est déjà bien aboutie. Cela ne l'empêche pas de voir plus loin en voulant développer le domaine pour que son approche de la biodynamie ait encore plus de sens.
Elle recherche la finesse et la pureté sur ses vins et ses rouges ont pas mal de caractère.
"Peau rouge" et surtout "Ultra violet" en "version" sans souffre sont des cuvées qui devraient intéresser pas mal de monde car elles sont tout en touché. En grand fan de son rosé qui m'avait complètement renversé il y a deux ans avec un coté baroque assez inattendu, je savais qu'elle devait avoir bouché son millésime 2014 quelques jours avant mon passage. Seulement voilà,
le vent qui venait de la mer ce jour là ne lui plaisait pas, alors elle l'a reporté à un autre jour fleurs du calendrier lunaire, la semaine prochaine ... dommage pour moi !!!
Elle n'a plus que du macabeu en cépage blanc et a replanté 2 hectares de grenache gris qui rentreront bientôt dans la cuvée White spirit.

C'est cette cuvée que j'ai ouverte le week-end dernier pour accompagner une belle petite dorade coryphène de 2kg qui venait de chez Jean-Michel Sauzède un poissonnier de Lézignan.
Si vous ne connaissez pas ce poisson, il faut absolument y goûter un jour car sa chair est vraiment goûteuse. Moi je fais des darnes que je mets en paillote avec une marinade à base de lait de coco, fruit de la passion, citron vert et oignon pays. Un passage au four pas trop long (maxi 20 minutes) pour que sa chair soit encore bien moelleuse et le tour est joué.
Bon revenons à ce macabeu 2013 du vignoble réveille.
J'ai immédiatement eu l'amande et la noisette qui sont venues me chatouiller les narines. Ensuite le vin saupoudre ses aromes fins, pleins de charme.
La bouche est fraîchement épicée avec une acidité qui ne tranche pas (on est sur un vin du Sud, c'est donc plutôt normal) mais qui enveloppe le tout comme une caresse sur une longueur intéressante ...... très intéressante, que ponctue une rétro sur le citron ...... une rétro qui dure et finit sur des petits cailloux. WHAOU !!!
Un très léger gras donne maintenant beaucoup de classe et de hauteur à ce vin qui part sur la mandarine par moment.
Le nez est tout en touché avec une tisane de fenouil et du poivre blanc.
La lenteur arrive et m'inspire:

la mer est calme,
une vague flâne de temps en temps
le calme dans la baie
laisse s'écouler le temps

la mer est comme une lac
elle calme mon âme
la baie est belle
mon âme divague ... 

C'est l'abricot qui prend maintenant une grande place en bouche, longuement.
Une impression de glace cassis/citron reste aussi sur mon palais qu'une petite pointe de sel a réveillé.

Si l'esprit des hommes pouvait ressembler à l'esprit de ce blanc ...

C'est parce qu'il y a des vins comme celui-là et des vigneronne comme France Crispeels
que mon blog existe. Ses vins ont de la personnalités et c'est pour cette raison qu'il faut
les découvrir ...... si ce n'ai pas déjà fait.








dimanche 4 octobre 2015

COUCOU

Après 3 mois sans prendre de notes lorsque j'ouvrais un flacon, histoire de faire une petite pose avec mon blog, de me ressourcer et de boire du vin juste pour le plaisir d'une bonne bouteille, quoi de mieux que cette cuvée Coucou blanc 2012 d'Elian DA ROS pour reprendre la plume.

Bouteille ouverte directement en sortie de cave et qui autant le dire tout de suite m'a scotchée.
Le nez s'exprime sans excès sur la mangue, la papaye et l'ananas. Il y a un gros volume en bouche et la fraîcheur empêche le vin de tomber dans la lourdeur. Une rétro sur le citron puis la violette pique ma curiosité. Le vin vit et il faut maintenant aller chercher le nez qui s'étale avec des aromes qui viennent tour à tour,
comme si ils faisaient des ricochets mais au ralenti.
Les aromes sont d'une grande pureté, nets et précis:
c'est splendide !!!
Le citron confit arrive dans la valse des aromes avec le cassis enrobé par une noisette dominante .....puis d'un seul coup la framboise EXPLOSE dans mon verre et
j'ai l'impression d'embrasser ce vin sur la bouche, sur ses lèvres rougeoyantes et frémissantes de plaisir. 
Le calme revient avec un nez et une bouche qui sont maintenant sur le registre de la finesse et un abricot sec arrive pour me surprendre.
Il y a de la retenue aussi sur ce vin, comme de l'humilité, celle qui caractérise les grands hommes.
Quelle complexité, quelle ampleur, quelle fraîcheur, quelle classe !!!
Le lendemain, un couple poire/gingembre s'est formé pour le bonheur de mes papilles.
C'est toujours aussi fin et en bouche il y a un peu de gras qui répond au coté épicé du gingembre.
Les deux sauvignons (blanc et gris) qui composent ce vin sont ramassés à maturité. Quant au sémillon qui rentre à 30% dans sa composition, Elian le pousse jusqu’à la surmaturité qui donne la pleine expression de ce cépage emblématique du Sud-Ouest.
Je crois qu'il faudra que j'aille rendre visite à Elian Da Ros prochainement pour "toucher" de plus près tous les détails qui font de ce Coucou blanc un Grand vin !!!




mardi 7 juillet 2015

Marc Castan, l'humilité et la simplicité permanente


J'ai rencontré régulièrement Marc Castan sur des salons ces 4 dernières années et je ne pensais pas qu'il avait fait autant de chemin dans sa démarche vigneronne tournée vers la nature depuis ses débuts en 2009. Seulement voilà, ce vigneron est tellement humble et discret que c'est en allant sur ses terres de La Palme que je viens de m'en rendre compte.
Sur 14 hectares de vignes taillées majoritairement en gobelet, il arrive à faire deux blancs, un rosé, cinq rouges et deux pétillants naturels. Et puis quand il en a envie, il peut aussi faire
un muscat. Il y en a qui pense que ça fait beaucoup, moi je dis que lorsque l'on aime,
on ne compte pas.
Il a pas mal de parcelles en bord de mer sur des sols de galets roulés, une vigne sur le plateau de calcaire de Leucate et deux sur les contreforts des Corbières. Les 8 vaches qui s'y "baladent" une bonne partie de l'année lui donnent quasiment un statut d'éleveur en plus de son travail à la vigne.
Elles ont donné naissance à deux veaux dernièrement.
Il travaille les sols avec son motoculteur et apporte un composte qu'il fabrique lui-même à base du marc de ses raisins et du fumier de Cali, Miss, Cendy et tout le troupeau de vaches Highlands du domaine.
Les rendements sont assez bas sur le domaine Mamaruta, aux alentours de 20 hectos à l'hectare. Marc a pris la voie de la biodynamie et il prépare les traitements pour ses vignes lui-même à base de plantes alors quand je lui parle du pissenlit que je fais en confiture, il rigole car lui il l'utilise aussi mais dans ses préparations. Vendanges en caissettes, levures indigènes et très peu d'extraction car Marc n'aime pas trop ça. La cave est vraiment petite, à peine plus grande qu'un garage et chaque chose y a sa place, même Iron qui veille sur le pressoir.




Bon je ne vais pas vous parler de toutes les cuvées mais la fraîcheur des pets nats est très désaltérante surtout sur Oracular 2013 qui donne une bonne place au coté fruit exotique du muscat.
Les 2 millésimes de cacahuète, 12 et 13, donnent une belle part au carignan pour des vins prometteurs mais à attendre encore un peu lorsque le poil à bois fera de nouveau des belles flammes à la maison.
Constellation 2014, majoritairement macabeu, est sur la finesse après un bon carafage et son nez iodé donne par moment des effluves de foin, de gingembre et d'agrumes. C'est légèrement mielleux aussi par moment. En bouche,
après une attaque ronde la fraîcheur et l'acidité emmènent le vin sur un agrume légèrement confit (le citron bergamote certainement) et des épices qui restent.
Le sel peut aussi venir sur la rétro.
La vivacité et le tranchant font ressembler le vin au rostre pointu d'un espadon.
J'aime beaucoup.

Pour finir je me suis bien arrêté sur Les tondeuses un 100% grenache de toute beauté qui demande un peu de carafe pour les non-initiés au vin nature.
Son nez est tout de suite très expressif ou comme dit mon fils Gary :"Ça explose le nez".
C'est plein de fruits et d'épices douces avec aussi la figue, les cerises, le poivre, le fenouille, la garrigue ...
La bouche est d'une belle fraîcheur avec une attaque bien ronde et juteuse surmontée d'un poil d'acidité. Les épices sont omniprésentes et emmènent le vin longuement comme si on entrait dans un long tunnel, un tunnel jalonné à l'infini d’arômes épicés...
Puis le vin vit pour un nez qui bascule sur un coté iodé
et nous transporte au milieu des vignes pour finir cette bouteille avec le bruit des vagues qui chatouillent nos oreilles. En bouche une confiture de prune tout en fraîcheur me fait penser que le vin devient presque un bonbon...
Quelle gourmandise !!!
Ca fait 15 jours que je suis passé au domaine et je crois que je suis devenu maniaco-dépendant des tondeuses car quand j'ouvre ma cave, je ne peux pas m'empècher d'en déboucher une.
Marc Castan est un vigneron d'une grande simplicité qui aime ses terres de bord de mer et dont les vins en constante progression sont à découvrir si vous passer chez un bon caviste du coté de Londres, Paris, Toulouse ou tout simplement Carcassonne, dans la cave à manger d'Arnaud du coté de Lâche pas la grappe.

 

dimanche 31 mai 2015

Attendre l'Olivette

L'Olivette est une cuvée du Clos Marie que j'ai rencontrée à plusieurs reprises dans sa jeunesse mais il m'a manqué à chaque fois un brin d'émotion pour en parler ici. Alors hier, quand j'ai trouvé au fond de ma cave une Olivette 2006, j'ai décidé de lui faire sa fête, pour voir un peu ce que le temps avait pu lui apporter !!!
Bien m'en a pris car la bouteille est certainement à son apogée avec un nez sur la figue fraîche, la fraise et une belle cerise à l'eau de vie. En bouche il y a une grande fluidité, comme une rivière qui laisse filer le courant, avec une touche de coulis de fraise que l'on croit vite partie mais qui revient en beauté. La rétro sur l'amande avec encore .... une touche de fraise suggère un final tout en touché.
La légère sécheresse en fin de bouche n'est pas gênante.
Le vin est vivant et c'est une gomme blanche qui domine au nez et en bouche pour une rencontre avec un bélouga qui m'emporte avec lui dans une danse sous l'eau, comme pour l'ouverture d'un bal aquatique.
Attendre l'Olivette, c'est certainement ce qu'il faut retenir de cette bouteille un peu déroutante mais tellement pleine de contraste que le plaisir qui est là en est décuplé.



dimanche 3 mai 2015

"Être dans la terre", avec sa vigne.

Le sentiment que l'homme peut "être dans la terre", avec sa vigne, c'est ce qui se dégage de la visite que j'ai faite à Lenthéric chez Didier Barral.
Lorsque j'ai rencontré pour la première fois ce paysan vigneron sur un salon, c'est avec la beauté des photos de ses vaches dans les vignes qu'il m'a marqué, sa façon de parler des sols et ses vins venaient après.
Après quelques années "à tourner autour" des vins faits par des vignerons soucieux des sols et qui essayent de continuer leur démarche à la cave, le temps était venu d'aller voir "un guide" pour pas mal de vigneron qui ont cette démarche en la personne de Didier Barral.
L'homme est tout de suite plus accessible qu'en public et nous parle sans détour du monde des vignerons qui ne lui convient pas forcément lui le paysan qui préfère ses vignes au salon.
La matière organique est au centre de son discours et la visite de tout le domaine va nous plonger dans cet univers pendant 4 heures.
Je dis tout le domaine car Didier nous a fait une visite complète en passant par :
- le hangar avec les différents outils.

- l'atelier où son frère s’affaire à inventer, modifier et réparer ses indispensables outils.
- une vigne où les vaches sont entrain de brouter tranquillement.
- une autre vigne où les cochons noirs étaient encore il y a quelques heures et qu'il ont littéralement nettoyés et labourés ...
-  la cuverie et son vieux pressoir vertical.
- le chai ou l'on a passé en revue pratiquement une dizaine de fût, hic !!!

Didier est quelqu'un qui regarde et "écoute" la nature pour comprendre les choses et apporter des solutions simples avec juste du bon sens, pour que la culture de la vigne se fasse sans intrants phytosanitaires. L'enherbement des vignes, les vaches qui y pâturent d'octobre à mars et toute la faune et la flore qui sont présentes sur le domaine sont essentielles.
IL a planté 6 000 arbres et sur le principe ancien des haies qui entourent une parcelle, la biodiversité permet un certain équilibre. La chauve souris par exemple est un compagnon fort utile au vigneron car elle mange des insectes, notamment les papillons crépusculaires des verres de grappe. Seulement si il n'y avait pas de haies, cet animal qui reste sur "une zone de chasse" grâce à un système d’orientation basé sur la perception de signaux qu'il émet ne ferait que survolé les vignes et ne s'y arrêterait jamais.
La mule, les cinquante vaches et la trentaine de cochons demandent pas mal de temps mais les naissances apportent aussi de la joie sur le domaine qui compte 35 hectares de vignes et 11 employés.
Les vendanges se font en caissettes et toutes les vignes sont taillées en gobelet en essayant de rester le plus bas possible pour limiter le trajet de sève.
Et puis au final tout ce travail donne des raisins et du vin après pas mal de patience et quelques années de stockage au domaine.
Nous avons terminé la visite en passant de cuve en cuve avec un blanc surprenant qui est vinifié comme un rouge, puis de fût en fût avec des touchés de bouche et des aromes déjà envoûtants parfois.
Des rires et .... un vieux conté que Didier avait caché entre deux fûts ont ponctué un bon moment de partage dont je me souviendrai longtemps ...

Du coup hier je n'ai pas pu résister à un Faugères 2010 du Domaine Léon Barral.
Le nez donne tout de suite une impression de beaucoup de volume, de plénitude. Les aromes de cerise, la terre, un coté fleuri et des fruits noirs (cassis et mure) accompagnent une belle fraîcheur.
En bouche les tannins ont encore besoin d'un peu de temps mais une belle acidité m'emmène avec beaucoup de plaisir sur le silex en fin de bouche. Les épices sont là aussi. J'ai l'impression que ce vin peut à tout moment se transformer en encre pour vous transporter jusqu'à la fin des temps à travers des lettres indélébiles qui se succèdent. C'est vivant et par moment la terre prend tellement de place au nez que j'ai devant moi une table couverte d'une couche de terre qui sert de nappe. Les verres sont des pieds de vignes sur lesquels les grappes m'invitent à croquer un fruit enivrant !!!
Aujourd'hui le vin a beaucoup de limpidité que ce soit au nez ou en bouche.
Les fleurs de la garrigue m'envahissent aussi.

Les domaines avec une démarche vers le terre et la bio-diversité aussi aboutit sont rares. C'est certainement pour cela que les vins sans concession du Domaine Léon Barral me font souvent décoller.