dimanche 3 mai 2015

"Être dans la terre", avec sa vigne.

Le sentiment que l'homme peut "être dans la terre", avec sa vigne, c'est ce qui se dégage de la visite que j'ai faite à Lenthéric chez Didier Barral.
Lorsque j'ai rencontré pour la première fois ce paysan vigneron sur un salon, c'est avec la beauté des photos de ses vaches dans les vignes qu'il m'a marqué, sa façon de parler des sols et ses vins venaient après.
Après quelques années "à tourner autour" des vins faits par des vignerons soucieux des sols et qui essayent de continuer leur démarche à la cave, le temps était venu d'aller voir "un guide" pour pas mal de vigneron qui ont cette démarche en la personne de Didier Barral.
L'homme est tout de suite plus accessible qu'en public et nous parle sans détour du monde des vignerons qui ne lui convient pas forcément lui le paysan qui préfère ses vignes au salon.
La matière organique est au centre de son discours et la visite de tout le domaine va nous plonger dans cet univers pendant 4 heures.
Je dis tout le domaine car Didier nous a fait une visite complète en passant par :
- le hangar avec les différents outils.

- l'atelier où son frère s’affaire à inventer, modifier et réparer ses indispensables outils.
- une vigne où les vaches sont entrain de brouter tranquillement.
- une autre vigne où les cochons noirs étaient encore il y a quelques heures et qu'il ont littéralement nettoyés et labourés ...
-  la cuverie et son vieux pressoir vertical.
- le chai ou l'on a passé en revue pratiquement une dizaine de fût, hic !!!

Didier est quelqu'un qui regarde et "écoute" la nature pour comprendre les choses et apporter des solutions simples avec juste du bon sens, pour que la culture de la vigne se fasse sans intrants phytosanitaires. L'enherbement des vignes, les vaches qui y pâturent d'octobre à mars et toute la faune et la flore qui sont présentes sur le domaine sont essentielles.
IL a planté 6 000 arbres et sur le principe ancien des haies qui entourent une parcelle, la biodiversité permet un certain équilibre. La chauve souris par exemple est un compagnon fort utile au vigneron car elle mange des insectes, notamment les papillons crépusculaires des verres de grappe. Seulement si il n'y avait pas de haies, cet animal qui reste sur "une zone de chasse" grâce à un système d’orientation basé sur la perception de signaux qu'il émet ne ferait que survolé les vignes et ne s'y arrêterait jamais.
La mule, les cinquante vaches et la trentaine de cochons demandent pas mal de temps mais les naissances apportent aussi de la joie sur le domaine qui compte 35 hectares de vignes et 11 employés.
Les vendanges se font en caissettes et toutes les vignes sont taillées en gobelet en essayant de rester le plus bas possible pour limiter le trajet de sève.
Et puis au final tout ce travail donne des raisins et du vin après pas mal de patience et quelques années de stockage au domaine.
Nous avons terminé la visite en passant de cuve en cuve avec un blanc surprenant qui est vinifié comme un rouge, puis de fût en fût avec des touchés de bouche et des aromes déjà envoûtants parfois.
Des rires et .... un vieux conté que Didier avait caché entre deux fûts ont ponctué un bon moment de partage dont je me souviendrai longtemps ...

Du coup hier je n'ai pas pu résister à un Faugères 2010 du Domaine Léon Barral.
Le nez donne tout de suite une impression de beaucoup de volume, de plénitude. Les aromes de cerise, la terre, un coté fleuri et des fruits noirs (cassis et mure) accompagnent une belle fraîcheur.
En bouche les tannins ont encore besoin d'un peu de temps mais une belle acidité m'emmène avec beaucoup de plaisir sur le silex en fin de bouche. Les épices sont là aussi. J'ai l'impression que ce vin peut à tout moment se transformer en encre pour vous transporter jusqu'à la fin des temps à travers des lettres indélébiles qui se succèdent. C'est vivant et par moment la terre prend tellement de place au nez que j'ai devant moi une table couverte d'une couche de terre qui sert de nappe. Les verres sont des pieds de vignes sur lesquels les grappes m'invitent à croquer un fruit enivrant !!!
Aujourd'hui le vin a beaucoup de limpidité que ce soit au nez ou en bouche.
Les fleurs de la garrigue m'envahissent aussi.

Les domaines avec une démarche vers le terre et la bio-diversité aussi aboutit sont rares. C'est certainement pour cela que les vins sans concession du Domaine Léon Barral me font souvent décoller.









jeudi 2 avril 2015

Salon des vins nature

Il y a quelques jours, en sortant de chez un vigneron, je suis passé par Bédarieux et je me suis donc obligatoirement arrêté Chai Christine Cannac.
Il est 14h30, on n'a pas manger et elle allait fermer mais elle a le sourire et les ardoises qui ont jalonnées notre "casse croûte" étaient vraiment sympas. La cave de Christine vous séduira grâce à une belle sélection de vins du Languedoc et d'ailleurs, majoritairement tournés vers le bio, la biodynamie et les natures ...
qui seront doublement mis à l'honneur le week-end prochain. Le salon des vins nature c'est l'occasion de rencontrer le très rare Didier Barral mais aussi Yannick Pelletier, Julien Peyras, Alain Castex, Frédéric Rivaton ...... enfin que des vignerons qui donnent envie de boire du vin.
Il y aura à manger, de la musique et certainement
du soleil ........... enfin dans les verres en tout cas 
c'est sur, donc ça devrait être sympa.




dimanche 22 mars 2015

La fin de l'orage.

"La part de l'orage" est donc sortie des cuves de Frédéric Palacios il y a quelques jours.
On peut dire que l'orage est passé et qu'il faut maintenant boire ce que la solidarité, l’amitié et le courage ont bien voulu mettre dans cette bouteille.
Bon, il y a aussi quelques raisins ...
J'avoue que les cuves que j'ai goûtées à plusieurs reprises au Mas de Mon Père ne me laissait pas entrevoir un vin qui ressemblerait autant à ce que le vigneron fait d'habitude. En même temps quand on "mélange" des raisins venus des quatre coins de l'Aude, des Corbières de Sophie Giraudon ou de Xavier Ledogar, aux Cabardes de Guilhem Barré en passant par les Fitou de Marc Castan, il n'est pas forcément évident de pouvoir retrouver un vin qui ressemble à ceux du domaine.
Et pourtant cette cuvée est marquée par une vraie identité, celle du vigneron qui y a posé sa patte de vinificateur.
Le nez a beaucoup de fraîcheur, naturellement, avec un coulis de cerise et des aromes qui vous saupoudrent l'âme.
La bouche a un superbe touché, rond, enveloppant, avec un beau fruit et une très belle acidité qui traîne un citron tout en longueur et vous emmène sur une rétro épicée à base de piment et de safran.
C'est plein de contraste et d'une énorme gourmandise car une fois que l'on a
"mis le nez dedans", on ne s'arrête d'en boire que quand la bouteille est finie.
Un vin de solidarité à partager et à faire connaître pour que ce soit vraiment la fin de l'orage pour Frédéric et qu'il puisse définitivement tourner cette page commencée le dimanche
6 juillet 2014 avec le ravage de ses vignes ...
Il reste quelques bouteilles en vente au domaine et Frédéric en montera aussi à la capitale le
31 mars lors d'une rencontre avec Gregory Nicolas, qui a gentiment "prêté" le nom de son livre pour cette cuvée. Plus de détails ici.
Régalez-vous !!!

dimanche 18 janvier 2015

Mémoire et(de) terroir

J'entends ou je lis souvent qu'en France on a découvert tous les grands terroirs. Il y a aussi ceux qui affirment avec beaucoup d'aplomb qu'ils ont le plus grand terroir et d'ailleurs on voudrait presque les croire.
Et puis il y a des gens qui sont plus modestes et qui s'efforcent de faire du vin avec le terroir que la vie et la nature a bien voulu leur prêter. Christian Chabirand en fait partie et j'aime quand il me dit qu'il essaye de faire des vins de mémoire.
Cela ne m'empêche pas de penser qu'en bas Poitou, au pied du marais poitevin, il a du découvrir un vrai terroir d'exception sur sa colline qu'il a baptisée La Chaume tellement les blés chauffés par le soleil devenaient blonds ... avant qu'il n'y plante des vignes bien sur.

Je suis passé le voir il y a quelques temps et j'ai rencontré un vigneron passionné et passionnant, qui sait où il va. Il a de grosses convictions qui lui permettent de faire des vins fins, tout en élégance et sans artifice. Du coup quelques bouteilles ont rejoint ma cave, dont un Orféo 2005 que j'ai ouvert il y a quelques jours.

Autant vous le dire tout de suite, ce vin m'a complètement transporté et rendu "dingue" par moment.
A l'ouverture le vin est un peu muet même si je sens encore un peu de fruit. La bouche est fuyante. Je vais donc laisser la bouteille ouverte et attendre ...
Le lendemain, tout est en place et une grande sensation de plénitude se dégage du nez.
J'ai l'impression d'avoir une place au premier rang d'un spectacle unique, effémére et d'une telle ampleur que la planète entière aurait voulu assister à cette seule représentation.
Et puis le nez a aussi de la pâte d'amande, des violettes, un passage sur la terre mouillée et la menthe qui s'invite.
Un cheval au galop passe devant moi.
La bouche fondue est portée par une acidité que la patine veloutée survole. C'est tellement ample que ma bouche est marquée sur un long passage. La finale sur la groseille ponctue un moment de vin rare et racé.
Ça cannelle,  ça poivre
ça glisse, c'est charnelle
ça donne des ailes.
C'est un vin tout en touché qui donne une énorme claque si on prend le temps de s’asseoir pour bien voir le chemin qu'il trace. Attendre, c'est ce que ce vin me suggère à l'oreille, attendre et écouter pour que notre âme puisse nous guider dans ce monde qui va trop vite.
Il y a une grande âme dans ce vin, une âme sans main ... qui me tend un bouquet de violettes, une rose ...
je vous parlerai certainement du blanc du domaine d'ici quelques temps mais je pense qu'un grand vigneron se cache derrière cette bouteille et ma mémoire est marquée à jamais ...



jeudi 8 janvier 2015

JE SUIS CHARLIE





Des crayons contre des armes,
Le sang qui coule, les larmes.
Mon cœur a mal mais il crie :
JE SUIS CHARLIE


dimanche 14 décembre 2014

Un "autre" sauvignon

La plupart des blancs à base de sauvignon ont cet arôme de bourgeon de cassis qui standardise un peu trop ce cépage.Cela n'empêche pas que je peux me régaler avec ce genre de cuvée lorsque ce n'est pas trop sulfité.
Par contre j'ai rencontré dernièrement une cuvée de chez Pascal Jolivet qui sort de ce carcan, un sauvignon comme on n'en rencontre pas souvent, très mur qui m'a fait voyager ......

Le clos du Roy 2009 est un Sancerre dont le nez s'étale toute en largeur avec la poire, le litchi et des fruits de la passion. Il y a aussi beaucoup de finesse et la délicatesse me transporte au bord d'un Mékong complètement recouvert de pétales de rose et qu'une épaisse brume enlace. Une pirogue m'attend avec à son bord une personne, impénétrable, dont la tête est complètement cachée par "un chapeau chinois". Elle me fait signe d'embarquer et malgré tout le mystère qui entoure "ce tableau", devant moi, je ne sais pas pourquoi mais je succombe à l'attraction de ce grand fleuve et me laisse happer par ce voyage vers je ne sais où ...
La bouche est pleine, grasse, avec le volume d'un vin sudiste et une acidité qui sert de fil et qui emmène le vin sur une bonne longueur jalonnée par des fleurs et une clémentine. Une énorme rétro sur les pétales de rose finit de me rendre dingue de ce vin !!!
Lorsque l'on y revient, on s’aperçoit que la fraîcheur est là aussi et qu'avec la belle acidité qui prend plus de place en bouche maintenant, on prend beaucoup de plaisir en buvant ce vin. Il me rappelle aussi que l'on n'est pas obligé de tout le temps aller chercher les aromes mais que l'on peut juste boire sans s’arrêter tellement c'est bon. Ça descend tout seul quoi !!!
C'est la première fois que je découvre une cuvée de Pascal Jolivet dont je n'ai entendu parlé que trop rarement. C'est mon Sancerre de référence et je mesure bien la démarche de ce vigneron au travers de cette bouteille qui apporte une autre vision de ce que peut être le sauvignon.



vendredi 21 novembre 2014

Un nouveau de chez Foillard

Commercialement parlant, le Beaujolais nouveau est un événement bien mené avec des milliers d'hectos de jus de raisin qui arrosent la France, les pays asiatiques et je ne sais pas qui d'autre.
Gustativement parlant je suis par contre plus septique pour une grande majorité des bouteilles qui sont plus d’infâme jus que du vin, même si le mot nouveau peut leur donner quelques excuses ...
J'ai mangé à la cantine de mon travail hier midi et il y avait sur la table une bouteille de Beaujolais nouveau avec sur l'étiquette la tour Eiffel. Sur le coup j'ai cru qu'un carton à destination du Japon avait été mal aiguillé ... mais non c'était pour nous.
Alors ce goût de banane ...
Normalement je ne goûte pas ce genre de bouteille mais là je me suis dit : ''allez Christian, si tu veux en parler, il faut au moins y goûter"
Alors j'ai pris une gorgée et j'ai vite laissé le reste à mes voisins de table car je pense que ma dose de sulfites journalière était déjà dépassée ...

Hier soir je suis quand même passé chez Benoît, un caviste qui tient L'entre vin sur Revel et dont j'ai déjà parlé ici. Je suis ressorti de chez lui avec quelques bouteilles dont un Beaujolais nouveau de chez Foillard qui était sur ma table le soir. A l'ouverture, le vin parait juste sortie de la cuve (c'est plutôt un compliment) et la bouche est dangereusement gouleyante, à tel point que je me sers déjà un deuxième verre ... dans lequel le vin prend maintenant une belle place, avec un citron vert qui domine et une bouche toujours aussi avenante, à tel point que je me sers déjà un troisième verre ... qui a un nez complexe et une bouche qui est complètement tapissée, pour un vrai vin avec du fond.
Je n'en demande pas temps à un beaujolais nouveau mais j'ai pris beaucoup de plaisir avec cette bouteille gourmande, dangereusement gourmande.

Pour conclure, si je veux avoir un goût de banane en bouche j'en mange une et si je veux un bon Beaujolais nouveau,
Jean Foillard en a.